L’école et ses déclinaisons – Une étude sur l’école et plusieurs projets alternatifs

Des professeur·es qui désirent une autre école, des parents qui décident d’enseigner, des élèves qui apprennent aux autres, ou encore des expériences enthousiasmantes mais éphémères ; voilà quelques pistes que nous allons présenter dans ce dossier, pour réfléchir à ce que l’école pourrait devenir, pour démontrer que le savoir n’est pas forcément l’apanage de professionnel·les et que l’apprentissage peut être à la fois joyeux et fécond.

S’il y a bien un sujet sur lequel quasiment tout le monde (ou presque) a un avis, c’est l’école. Sans doute parce que chacun·e y a passé un peu ou beaucoup de temps, avec des souvenirs plus ou moins bons. À quoi sert-elle ? Pourquoi est-elle sans cesse réformée ? Et pour quels résultats ? Atteint-elle ses objectifs d’élévation sociale ou, au contraire, reste-t-elle un lieu où les inégalités sont toujours marquées, voire accentuées ?

Des analyses et des récits sur l’école, il y en a pléthore. Et si nous devions retracer son histoire rien qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, nous en aurions pour des pages et des pages. Avec une organisation toujours plus complexe, des réformes de moins en moins claires pour le commun des mortels, un financement raboté, une pénurie d’enseignant·es et des élèves souvent absent·es, que pouvons-nous raconter de cette institution pour ne pas tomber dans un narratif ni déprimé ni déprimant ?

Questionner l’école et ses fondements pourrait étonner certain·es au regard des thématiques qui sont majoritairement portées par notre association. En ce qui nous concerne, nous y voyons plutôt un prolongement. Tout d’abord, parce que les alternatives dans leur acceptation globale font partie de notre ADN de recherche. Ensuite, parce que les expériences et savoirs minoritaires ont toujours eu un rôle essentiel dans nos propositions d’analyses. Enfin, comment ne pas interroger le rôle de l’école ou investiguer dans des pratiques alternatives quand une association travaille dans le secteur de l’éducation permanente (EP) depuis autant d’années ? En prenant sa source dans l’éducation populaire et en participant à l’émancipation des travailleur·euses dans les années 1920, les arrêtés royaux définissaient à l’époque des activités en tant “qu’œuvres complémentaires à l’école”. Et une décennie plus tard, qu’elle soit citoyenne ou non formelle, l’EP demeurera une éducation “tout au long de la vie”.1

Au départ de ce dossier, il y a l’analyse Cherche profs désespérément d’Hugues Croibien2, chargé de production au sein de notre association. Ce travail, basé sur son expérience et son expertise, rend compte des difficultés qu’il a rencontrées en tant qu’enseignant dans le fondamental au sein du réseau officiel subventionné. Une phrase en particulier a retenu notre attention : « Je n’imagine pas un futur proche sans école » ; celle-ci nous a fait immédiatement penser à Une société sans école3, titre d’un ouvrage d’Ivan Illich paru au début des années 1970. C’est avec Illich et sa critique de l’institution scolaire que nous avons eu l’envie de parler des alternatives à l’école traditionnelle. En outre, Hugues, a suivi un cursus dédié aux pédagogies alternatives, dont celle de Célestin Freinet. Dès lors, il nous a semblé pertinent de revenir aux expériences qui ont eu lieu en région liégeoise (entre autres) et de faire découvrir celles qui sont en cours.

Après une pandémie mondiale où l’école est devenue virtuelle avec des conséquences parfois dévastatrices sur la santé mentale de certain·es élèves, et avec l’arrivée rapide de l’intelligence artificielle (IA), il apparaît assez évident que l’école du futur ne sera plus celle que la plupart d’entre nous avons connue. Que deviendront alors ces pédagogies alternatives ? Nous n’avons pas la possibilité d’y répondre, notamment car l’usage de l’IA mériterait une étude à part entière.4

Ce dossier n’a pas l’ambition de démontrer en quoi il faudrait, à l’instar d’Illich, en finir avec l’institution scolaire. Il n’a pas non plus le projet de promouvoir certaines pédagogies alternatives au détriment d’autres dites plus traditionnelles. Notre souhait est avant tout de revenir sur les préceptes de certaines pédagogies, d’en faire leur histoire sans omettre d’y apposer un regard critique nécessaire. Il s’agira par ailleurs de présenter des hommes et des femmes, connu·es et inconnu·es, qui ont voulu, chacun·e à leur niveau, proposer d’autres manières d’apprendre et d’enseigner. Parce qu’au centre de ces questionnements concernant l’école, il y a des êtres qui y arrivent très tôt et pour lesquels l’entrée et le passage dans cette institution ne se font pas sans difficulté (ni trauma).

Le bien-être et l’éducation (terme qu’il faudra sans doute définir ou questionner) sont au cœur des réflexions pédagogiques portées par des personnes pour qui l’école a une fonction réellement émancipatrice et qui travaillent pour que celle-ci soit à la fois démocratique, efficace, utile, porteuse de sens, conviviale et juste.

Des professeur·es qui désirent une autre école, des parents qui décident d’enseigner, des élèves qui apprennent aux autres, ou encore des expériences enthousiasmantes mais éphémères ; voilà quelques pistes que nous allons présenter dans ce dossier, pour réfléchir à ce que l’école pourrait devenir, pour démontrer que le savoir n’est pas forcément l’apanage de professionnel·les et que l’apprentissage peut être à la fois joyeux et fécond.

Pour lire la suite de l’étude, c’est par ici

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3Ivan Illich, Une société sans école, Éditions du Seuil, 1971 (réédition en 1980). Les Œuvres complètes d’Ivan Illich ont été publiées chez Fayard en 2004.

4Pour en savoir plus sur cette problématique, nous vous renvoyons au dossier pédagogique réalisé par le GSARA intitulé “L’IA en perspective” : https://gsara.be/outils-reflexion/iaep/

Auteur: Hugues Croibien, Sarah Fautré
Parution: 16/04/2026
Format: Etudes
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