ULTRAS / LOSER

Été 2016 | n°228

Mise en page 1Là, le bouclage se termine. Il y a quelque chose de tristement épique dans une dead line, ça nous fait toujours vivre une sorte d’aventure (un peu au rabais quand même). Vers la fin, le rapport au temps se complique. On n’en a plus du coup, on en perd plein. On démultiplie les pauses. Dans un moment de désespoir, on est même réduis à aller voir sur le site du Soir – on ne sait jamais, il s’y passe peut-être quelque chose d’intéressant ? Vous voyez le genre…
On se retrouve alors à contempler, le regard hagard et le cerveau presque cramé, la homepage du grand quotidien francophone belge de référence. Il y a un article qui titre que Koen Geens, ministre de la Justice, a déclaré : « les critiques n’empêcheront pas de continuer les réformes ». Et puis juste un peu plus loin, en-dessous, un autre qui dit que François Hollande réplique aux opposants à sa « loi travail » qu’il tente d’imposer en force : « je ne céderai pas ! ». C’est marrant, non ?
Ça fait un peu penser à ce que les Soviétiques disaient à propos de la Pravda (le grand quotidien du parti communiste russe… ça fait tellement longtemps que ça n’existe plus qu’il faut même expliquer ce que c’était…) : on y trouve toutes les infos nécessaires, il suffit juste de savoir lire entre les lignes.
En ce moment, il y a des fois, on a l’impression que protester, c’est un peu pisser dans un violon. Il y a vraiment des jours où on finirait presque par se demander si dire qu’on n’est pas d’accord n’est pas en train de devenir une posture de gros loser. Faudrait peut-être arrêter d’aller sur la homepage du Soir, c’est pas bon pour le moral…
Comme le disait ce poète russe inventé de toutes pièces par le cinéaste français Pierre Merejkowsky : « ce n’est pas parce que le prolétariat n’a rien à dire qu’il doit fermer sa gueule ». Le conseil prend aujourd’hui tout son sens, même si on ne sait pas clairement à qui on pourrait l’adresser – à un peu tout le monde, on suppose. Il va juste falloir trouver un truc pour que l’ouvrir fasse effet. Ça doit pouvoir se faire.
Il y a peut-être un peu d’inspiration à aller chercher en France, en ce moment?

Le dossier

Dans une certaine opinion publique, les supporters passent pour des gros beaufs, des veaux abrutis par l’alcool. Le drame du Heysel (1986) aura contribué de manière décisive à fixer le cliché dans les esprits. Les observateurs patentés trouvent toujours une excellente occasion de réactiver le potentiel répulsif dont a été chargée cette figure du barbare moderne qu’incarne si parfaitement le hooligan. Le grand public sera une nouvelle fois convaincu que la parole des supporters est honteuse ou dénuée du moindre intérêt. Dans un contre-pied parfait, le dernier numéro de C4 leur a donc donné la parole. Ils ont écrit un dossier « supporter, pas dupe » qui montre que le stade est traversé d’enjeux et que la ferveur peut servir de moteur à bien des projets, à bien des réflexions. Loin, très loin des discours qui leur confisque la parole.

En librairie le 7 juin

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